Mars 2020. Personne n’oubliera cette période de l’histoire où la pandémie mondiale a complètement bouleversé notre quotidien. La peur, l’incertitude, le deuil de vies perdues. En tant que professeur de musique à Ottawa, en Ontario, l’impact a été dévastateur.

 

Au lieu de nous produire aux MusicFest Nationals à Calgary, au lieu de nous rendre à Toronto pour participer au festival de musique de la Conférence des écoles indépendantes, au lieu de donner des concerts de printemps et de nous produire lors de la remise des diplômes, nous avons été confrontés à la réalité de l’apprentissage virtuel. Nous avons également dû accepter le fait que nous n’avions plus la possibilité de faire de la musique ensemble, alors que les limitations de la bande passante de l’Internet rendaient impossible la performance collective en temps réel. 

 

J’étais en mode de survie, adaptant mes plans de cours, essayant de rester positive et de garder les élèves motivés, et trouvant des moyens novateurs de permettre à mes élèves de faire de la musique d’une manière ou d’une autre. Les élèves ont travaillé dur ; nous avons commencé une compilation hebdomadaire de solos et de collaborations virtuelles intitulée « Moments Musicaux », que nous avons présentée dans le bulletin d’information. Nous avons monté un spectacle virtuel pour les maisons de retraite locales ainsi que trois représentations virtuelles de grands ensembles pour la fin de l’année. 

 

Et les élèves ont dépassé toutes mes attentes.

 

Mais notre véritable communauté nous manquait ; il nous manquait cruellement de nous réunir en personne et de répéter ensemble un morceau, de façonner une belle phrase musicale, de vivre l’énergie d’une performance fantastique ; il nous manquait nos véritables moments musicaux ensemble.

 

J’ai rapidement décidé de me plonger dans la recherche actuelle et de participer à autant d’ateliers virtuels que possible afin de ramener la pratique musicale en direct dans ma classe à l’automne. De nombreuses organisations se sont mobilisées pour fournir des conseils et des ressources aux enseignants aux prises avec cette situation ; l’OMEA, l’OBA, le MBA, le SBA, CIS Music, le Conn-Selmer Institute, le CBDNA, et bien d’autres, ont organisé de nombreux ateliers et lancé des publications utiles. 

 

Au mois d’août, en suivant les directives publiées selon l’étude sur les aérosols Covid-19 de l’Université du Colorado, et en rassemblant les informations que j’avais recueillies, j’étais prête à présenter une proposition à mon directeur d’école afin que les élèves puissent jouer des instruments à vent au collège Ashbury. Il fut très ouvert aux recommandations et les a présentées au directeur et au comité Covid, et à ma grande joie, elle a été approuvée ! 

 

Il était alors temps de se mettre à l’oeuvre pour commander des masques de jeu, des housses de cloche et s’assurer que tous les élèves aient accès à leur instrument personnel. J’ai contacté les familles des élèves quelques semaines avant les cours pour leur présenter nos protocoles Covid et répondre à leurs préoccupations éventuelles. Pédagogiquement et logistiquement, mon année allait encore être très différente. Alors qu’on avait l’autorisation de pouvoir jouer durant les cours, les répétitions de l’orchestre étaient, quant à elles, encore totalement virtuelles. 

 

Pour ce qui est des cours, ils furent divisés en deux afin de pouvoir favoriser à la fois groupes et distanciation, ce qui signifie que j’enseignerais la moitié des classes en personne et l’autre moitié en ligne de manière synchrone, à l’exception des étudiants qui ont choisi l’apprentissage à distance pour toute la durée de l’année. Je ne verrais mes classes qu’une fois tous les quatre jours du cycle, par périodes de 2,5 heures.

 

Dans ma classe de débutants en instruments à vent et percussions, six élèves de l’étranger n’ont pas pu quitter leur pays d’origine. Leur débrouillardise et leur résilience m’ont stupéfaite, malgré les fuseaux horaires différents le développement de leurs habiletés sur leur instrument a dépassé ce que je croyais possible.

 

J’ai commandé des arrangements flexibles (flex) et j’ai également pu approfondir mes connaissances en matière de musique de jazz, d’improvisation, d’écoute critique, d’analyse et de composition. Chaque étudiant en musique a même pu préparer un morceau solo avec accompagnement au cours de notre deuxième trimestre, ce qui a constitué un élément de croissance précieux pour tous les musiciens.

 

Malgré l’annulation de l’enseignement des instruments à vent dans notre école secondaire, en raison de l’impossibilité d’assurer la distance, j’ai invité les élèves de la 6e à la 8e année ayant de l’expérience, à se joindre à notre orchestre virtuel de 9e année ; plusieurs d’entre eux ont participé et m’ont remercié pour cette opportunité. À l’automne, un petit groupe a interprété en direct « Moscow 1941 » de Brian Balmages, pour notre cérémonie du Jour du Souvenir qui a été diffusée en direct depuis notre salle de cours. 

 

Nous avons présenté des concerts virtuels à l’automne et au printemps, participé au Lundi en Musique, acquis des connaissances de base avec les logiciels Adobe Audition et Premiere Pro, et accueilli plusieurs invités tout au long de l’année, notamment des spécialistes en instruments, des musiciens professionnels et des compositeurs.

 

Malgré que ce fut une année tumultueuse, avec le recul je peux dire que ce fut un succès. Plus important encore, nous avons joué des instruments à vent à l’intérieur en toute sécurité et sans incident. Je me rends compte que mes homologues des écoles publiques n’ont pas eu la même chance que moi ; de nombreux programmes ont été fermés au niveau de conseils scolaires et des sections entières de cours ont été supprimées. L’impact de cette situation commence déjà à se faire sentir alors que les cours et le personnel sont finalisés pour l’année prochaine.

 

Je m’inquiète de l’avenir de l’éducation musicale au Canada. Les programmes recevront-ils le soutien dont ils ont besoin pour se reconstruire ? Les élèves connaîtront-ils à nouveau l’excitation d’une performance collective ? Est-ce que les compétences transférables et le développement socio-émotionnel, si importants dans la création musicale en groupe, seront valorisés et pourront s’épanouir ? J’espère sincèrement que mon expérience pourra être partagée avec les éducateurs, les administrateurs et les parents en tant que modèle possible afin de garder la musique active dans les écoles, et permettre à l’orchestre de continuer à jouer!

 

Simone Gendron est la responsable de la musique et enseignante de musique de l’école secondaire au collège Ashbury depuis 2016.